PARISIEN (BASSIN)


PARISIEN (BASSIN)
PARISIEN (BASSIN)

L’appellation de Bassin parisien recouvre deux notions distinctes. D’une part, elle s’applique à un ensemble déterminé par les caractères de la géographie physique de presque un tiers du territoire français qui s’étend des Vosges aux rebords orientaux du Massif armoricain et de la Manche aux premières pentes du Massif central; d’autre part, elle désigne une unité d’étendue plus modeste comprenant quinze départements et considérée comme un ensemble d’aménagement par la Direction à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (D.A.T.A.R.).

1. Unité physique

Le terme de bassin a été emprunté au vocabulaire du géologue Élie de Beaumont. Il désigne un ensemble physique caractérisé par trois aspects essentiels: le relief, la structure géologique et le réseau hydrographique.

En ce qui concerne le relief , le Bassin parisien est une zone de creux entourée par des hauteurs plus ou moins marquées. On s’élève progressivement de la région la plus déprimée, qui forme une sorte de gouttière avec les plateaux situés entre Paris et Orléans (100-120 m), vers l’est où, par les rebords successifs des lignes de cuestas – c’est-à-dire les côtes de l’Île-de-France (250 m), de Champagne (230 m), des Bars (330 m), de Meuse (370 m), de Moselle (410 m) – faisant face à l’est et plongeant doucement vers le centre, les altitudes atteignent de 300 à 500 mètres dans les plateaux lorrains avant d’aborder les Vosges; il en est de même vers le sud-est et le Morvan; vers l’ouest, les plateaux sont plus proches de l’horizontale, mais s’organisent autour des collines de Normandie et du Perche; même vers le nord, les plateaux crayeux de la Picardie (160 m) sont un peu plus élevés que les tables calcaires du centre du Bassin parisien, et la ligne de l’Artois (200 m) marque la séparation avec la grande plaine du nord de la France et de l’Europe.

À cette disposition topographique correspond une structure géologique : les terrains les plus anciens affleurent à la périphérie et le socle de roches cristallines et de terrains primaires forme les collines ou les petites montagnes de l’Ardenne, des Vosges, du Morvan, du nord du Massif central et de la Normandie, tandis que, dans l’Artois, à la faveur d’un bloc faillé, un affleurement géologique ancien apparaît parmi les collines jurassiques. Au contraire, vers l’est et le sud-est, on suit une série d’affleurements en auréole passant successivement du Trias au Lias, au Jurassique, au Crétacé, et se terminant enfin dans le centre du Bassin par les plateaux tertiaires qui s’étendent depuis le sud-est de la Picardie jusqu’au pays d’Othe et jusqu’au sud de la Sologne et depuis la cuesta de l’Île-de-France jusqu’à l’est de Chartres et d’Évreux. Ces couches géologiques sédimentaires, superposées les unes aux autres et subhorizontales dans la partie centrale, se relèvent progressivement vers les bordures. Parfois, elles ondulent en vastes plissements suivant une direction privilégiée nord-ouest - sud-est qui est responsable de la plus grande partie des accidents du nord du Bassin (vallée de la Seine, collines du Bray, vallée de la Somme, collines de l’Artois...).

Outre la disposition du relief liée à la structure géologique, un troisième caractère est spécifique des bassins: la disposition du réseau hydrographique . Celui de la Seine n’échappe pas aux lois générales, surtout dans ses parties orientale et sud-orientale: les vallées de l’Aube, de la Marne, de l’Oise convergent comme les gigantesques rayons d’une roue vers le creux parisien que rejoignent également l’Yonne et le Loing. En revanche, sur la bordure, des phénomènes tectoniques ou climatiques récents ont entraîné l’évasion des rivières orientales (Moselle et Meuse) et de la Loire qui, jusqu’à une époque avancée du Tertiaire, rejoignait la vallée de la Seine avant d’être attirée par un affaissement récent vers l’Atlantique; enfin, le long de la côte, de petits fleuves, dont les principaux sont l’Orne et la Somme, se jettent directement dans la Manche.

L’unité du Bassin, au sein de vieux massifs hercyniens plus ou moins rajeunis, est cependant incontestable et, au centre, la place de Paris apparaît, même sur une carte d’échelle moyenne, nettement prédestinée, au sein d’une remarquable convergence de pentes et de vallées, à être un carrefour exceptionnel.

2. Un ensemble administratif et économique

Cet ensemble doit son nom à Paris, la capitale, grâce à la position centrale de cette ville. Le réseau des infrastructures développées progressivement par les pouvoirs politiques centralisateurs, que ce soit la monarchie, l’Empire ou les républiques successives, a renforcé cette position dominante et a fait de Paris un carrefour obligatoire pour toute la circulation dans le Bassin. Pourtant, les vicissitudes de l’histoire ont découpé cette région en un grand nombre de morceaux jouissant, pendant un temps tout au moins, d’une certaine autonomie qui a subsisté sous forme de divisions classiques devenues familières: la Lorraine, héritière du duché qui fut un temps l’apanage de l’ex-roi de Pologne Stanislas Leszczy ski, les anciens comtés de Champagne, de Picardie, le duché de Normandie qui fut attribué en 911 par le roi de France à Rollon, chef des pillards normands, le duché du Berry et bien d’autres, qui entouraient le domaine royal, cette «Île-de-France» progressivement étendue. Il faut remarquer que ces anciens organismes provinciaux n’avaient que peu de rapports avec le milieu physique qui retrouve, au contraire, ses droits dans les subdivisions en «pays»: Beauce, Valois, Soissonnais, Sancerrois...

Après le morcellement départemental uniformisateur de la Révolution, un nouveau regroupement a été instauré depuis 1955, pour des motifs économiques, par la création des «régions-programmes», subdivisant l’espace centré sur le Bassin parisien en neuf unités (Région parisienne, Haute-Normandie et Basse-Normandie, Picardie, Champagne, Lorraine, Bourgogne, Centre, pays de la Loire), dont certaines (Normandie, pays de la Loire, Bourgogne, Centre) englobent à la fois une partie du Bassin et une frange externe. Dans le cadre de l’aménagement du territoire – et particulièrement de l’action de la D.A.T.A.R. –, ces régions de bassin ont été le théâtre d’une politique régionale malheureusement insuffisamment coordonnée. Un effort avait été tenté pour établir une politique commune avec la création d’une commission spéciale précisément par la D.A.T.A.R. Celle-ci, dissociant en partie les anciennes «régions-programmes», ne concernait que la Picardie, la Champagne sauf l’Ardenne et la Haute-Marne, le Centre sauf le Cher et l’Indre, la Normandie sauf la Manche, et avait extrait le département de l’Yonne de la région de la Bourgogne et celui de la Sarthe de celle des pays de la Loire. Dans ce cadre administratif réduit, le Bassin parisien officiel couvrait une superficie de 108 169 kilomètres carrés, peuplée d’un peu plus de 18,5 millions d’habitants en 1982: l’agglomération parisienne ne représente que 5,34 p. 100 de cette surface mais 58 p. 100 de la population. Mais, malgré plusieurs tentatives, la coordination interrégionale a eu peu d’effets et une rivalité plus qu’une entente existe souvent entre les différentes régions. L’Île-de-France, en particulier, revendique la disparition des mesures incitant à la diminution de son potentiel économique et la classant comme zone trop privilégiée dont il faut freiner la croissance.

3. Les subdivisions géographiques

Les paysages variés du Centre

L’agglomération parisienne est entourée d’une véritable dentelle de paysages: le trait essentiel est constitué par des plateaux de 100 à 120 mètres d’altitude, généralement calcaires (calcaire grossier, calcaire de Saint-Ouen, etc.); couverts de limon, exploités par de grandes fermes et comprenant de gros villages, ces plateaux comptent parmi les terres agricoles les plus riches de France. Ils se prolongent par des étendues remarquablement planes et bien mises en valeur dans le Valois, la plaine de France, le Soissonnais vers le nord, dans la Beauce au sud-ouest et la Brie au sud-est. Il serait dommage de négliger l’agriculture régionale qui, sur moins de 2 p. 100 du territoire, fournit 7 p. 100 du blé, 10 p. 100 du maïs, 13,5 p. 100 des poireaux, 19 p. 100 des roses... du territoire national tout entier. La taille des exploitations y est largement supérieure à la moyenne française (52,5 hectares contre 23,4). La mécanisation est extrêmement poussée, l’emploi des engrais et des procédés les plus perfectionnés y est en plein essor. Les cultures céréalières représentent 77 p. 100 du total mais, près de l’agglomération, de petites exploitations sont spécialisées (cultures maraîchères, fleurs, légumes...), parfois en utilisant les eaux d’épandage comme engrais (Achères); les rendements du blé dépassent 55 quintaux à l’hectare; le maïs a fait son apparition en 1956 et a gagné de vastes surfaces; les exploitants cultivent en outre la betterave à sucre, l’orge, et ils pratiquent certaines formes d’élevage industriel. Mais ces plateaux sont presque complètement dépourvus de grandes villes; celles-ci occupent les larges vallées qui découpent l’ensemble et ont une fonction industrielle et commerciale souvent très dépendante de la capitale: Melun et Fontainebleau dans la vallée de la Seine, Meaux dans celle de la Marne, Chartres dans celle de l’Eure. Au-dessus des plateaux, des buttes résiduelles, constituées par les sables de Fontainebleau couronnés de meulière de Beauce, généralement orientées du nord-ouest au sud-est, portent encore des restes de la belle forêt qui couvrait autrefois tout le centre du Bassin (butte de Montmorency, de l’Hautil, de Compiègne, plateau des Alluets, plateau de Rambouillet, auxquels il faut ajouter aussi la forêt de Fontainebleau). Leur versant sud, bien exposé, était encore planté de vignobles au début du siècle précédent; il a conservé quelques vergers.

La diversité de ces paysages du Centre est due en grande partie à la variété des couches tertiaires, peu épaisses, qui constituent cette partie du Bassin. La pénétration des tentacules et des bourgeonnements de l’agglomération, le développement spontané de l’industrie et la création volontaire de nouvelles zones industrielles récentes font de toute cette partie centrale un prolongement de la capitale. Aussi, un véritable conflit pour l’occupation du sol est apparu. Au cours des années soixante-dix, 4,3 p. 100 de la surface cultivée a disparu (1,4 p. 100 pour la France dans son ensemble). Cette situation devient préoccupante et a favorisé l’établissement de zones naturelles d’équilibre destinées à protéger autant que possible le patrimoine agricole.

Le plateau picard et ses abords

Au nord de la région parisienne, les horizons calmes du plateau picard reposent sur la subhorizontalité d’épaisses couches de craie. Un revêtement de limon assure la fertilité du sol, ici comme sur les plateaux tertiaires du centre du Bassin. La persistance d’un assolement à composante triennale, dont les éléments classiques sont les céréales, les betteraves et les plantes fourragères, donne aux champs, à la fin du printemps, l’aspect d’une mosaïque extrêmement variée. Ici aussi, les formes de culture sont modernes, mais les villages sont beaucoup moins compacts que dans le centre du Bassin. Le clos verdoyant et le verger s’y introduisent; la plupart de ces villages sont blottis dans les petites vallées, orientées presque toutes sud-est nord-ouest, qui accidentent le plateau. La côte, constituée au sud par une falaise de craie, au nord par les terres asséchées des bas champs et du Marquenterre précédant une falaise morte, n’a pas donné naissance à une vie maritime. Au sud-ouest, la double ligne verdoyante des collines du pays de Bray (247 m) et de la vallée du Thérain, où a grandi Beauvais, forme les limites avec la Normandie, tandis qu’au nord les collines de l’Artois (201 m), qui s’ouvrent en boutonnières autour du premier port de pêche français, Boulogne-sur-Mer, marquent les limites avec la plaine du Nord.

La Picardie est restée très tournée vers l’agriculture; pourtant, le Vimeu constitue un modèle d’artisanat industrialisé répandu dans une série de bourgs (petite mécanique, serrurerie). Les industries alimentaires fleurissent très souvent même dans les villages et au milieu des champs avec les grandes sucreries de la partie orientale. Les deux villes importantes, Amiens et Saint-Quentin, sont fortement liées à leur environnement rural; pourtant l’industrie y a connu un récent développement. La première, Amiens (136 234 hab. en 1990), installée dans la vallée de la Somme au centre des «Hortillons», îles alluviales transformées en jardins, lieu de cultures maraîchères prospères, a connu une forte tradition textile, mais c’est la métallurgie qui est maintenant le premier secteur industriel tandis que l’industrie des accessoires pour l’automobile (30 p. 100 de la main-d’œuvre industrielle) et la chimie sont les principales activités, dominées par les sociétés étrangères qui emploient près d’un tiers de la main-d’œuvre industrielle. L’influence régionale s’étend à toute la Picardie (attraction commerciale, recrutement d’étudiants) et rencontre vers l’est la domination locale de Saint-Quentin. Celle-ci (62 085 hab. en 1990), outre son rôle de centre commercial, s’est surtout tournée vers la métallurgie (43 p. 100 des emplois industriels), la construction mécanique, le matériel électrique; le textile et l’habillement conservent un rôle non négligeable (29 p. 100). Dans ces deux villes, les implantations se sont faites sur les zones industrielles et le rôle de la décentralisation parisienne n’y a pas été étranger. L’encadrement urbain est complété par l’action locale d’Abbeville, vers l’ouest, et de Beauvais, vers le sud où se fait également sentir l’attraction parisienne.

La vallée de l’Oise

La vallée de l’Oise forme une véritable coupure nord-est - sud-ouest et sépare la Picardie des plateaux tertiaires parisiens et de la Champagne: son tracé est influencé par la présence d’accidents tectoniques. L’Oise, naturellement navigable, permet la liaison entre la région du Nord, par l’intermédiaire du canal de Saint-Quentin et du canal du Nord, et la vallée de la Seine et la région parisienne; d’autre part, routes et voies ferrées ont également, en partie, utilisé cette coupure naturelle. La basse vallée de l’Oise, en particulier, peut être qualifiée de «rue industrielle»: Pont-Sainte-Maxence, Creil (le groupe le plus important: métallurgie et chimie traditionnelles, doublé par l’industrie chimique des colorants, du méthanol, des constructions mécaniques et automobiles...), Montataire (laminoirs d’Usinor), Pontoise se consacrent à la production d’électricité thermique, à la métallurgie, à la construction mécanique, à l’industrie chimique et forment un prolongement naturel des grandes industries de l’agglomération parisienne. Cette dépendance interdit toute unité administrative et enregistre un fort déficit des services tertiaires. Cependant, la création en 1972 de l’université technologique de Compiègne, ouverte aux liaisons recherche-industrie, a introduit de nouvelles possibilités. L’urbanisation de la vallée de l’Oise est considérée comme un fait inéluctable. Certains pensent même à accroître la capacité de transport de la voie d’eau en améliorant les liaisons par canal entre la vallée de l’Oise et la région du Nord.

La Champagne

Bien que le nom de Champagne soit un terme reçu, il serait plus exact de parler des Champagnes. En effet, cette dénomination recouvre une quadruple variété de paysages physiques, suivant les auréoles géologiques qui affleurent, ainsi qu’une multiplicité de rayonnements de centres urbains à attraction limitée, sans doute en raison du quadrillage du relief dû aux vallées de l’Aisne, de la Marne, de l’Aube et de la Seine qui coupent perpendiculairement les plaines et les collines.

Le rebord des plateaux tertiaires de la région parisienne constitue la côte de l’Île-de-France dont la partie septentrionale, sur 120 kilomètres de longueur, est occupée par un vignoble renommé. Orienté à l’est et au sud-est, protégé des vents de l’ouest et de l’humidité excessive par son implantation sur les pentes du front de côte, divisé en petites propriétés dont la production est ensuite regroupée par les grandes maisons de champagne, ce vignoble est un des plus illustres et des plus prospères de France (92 millions de bouteilles expédiées en 1970 dont 27 millions vers l’étranger; 159 millions en 1981 et 49 600 000 pour l’étranger). Les deux villes d’Épernay et surtout de Reims (185 164 hab. en 1990) dominent le marché. La seconde est en pleine expansion et atteint maintenant le niveau régional. Investissements étrangers et décentralisation parisienne lui ont permis de développer, à côté de ses activités traditionnelles (grand négoce, industries alimentaires, textiles) des activités plus dynamiques: la construction mécanique et électrique (fournitures pour l’automobile, montage d’avions de tourisme, appareils ménagers, moteurs, verrerie). D’autre part, les industries traditionnelles ont été rénovées. Au total, deux grandes zones industrielles ont été consacrées à des fabrications très diverses. Mais les sièges sociaux et les activités tertiaires sont moins favorisés (assurances, banques) et, malgré l’équipement d’une «zone de bureaux», l’implantation d’une université, la multiplication des équipements publics, le secteur tertiaire reste très moyen. Le passage de l’autoroute Paris-Metz (A 4), ouverte en 1975-1976, accroît encore la dépendance extérieure des activités urbaines rémoises.

La Champagne dite «pouilleuse» a été une terre de production céréalière satisfaisante jusqu’aux transformations économiques et jusqu’au développement de l’élevage aux XVIIIe et XIXe siècles. Elle a alors acquis une réputation de pays médiocre en raison de l’absence de limon sur la surface crayeuse sèche. Depuis une cinquantaine d’années, de grands propriétaires, utilisant d’importantes quantités d’engrais et un matériel approprié, ont réussi à lui donner une nouvelle fertilité: les céréales (blé, orge, maïs), les betteraves, le colza et, sur les terres les plus ingrates, un reboisement (pins) ont transformé le paysage et l’économie. L’auréole de la Champagne pouilleuse se termine à l’est par la cuesta de Champagne, peu marquée dans la craie tendre. Au-delà se développe la Champagne humide, qui doit à la présence d’argile imperméable un paysage verdoyant de prairies, d’étangs, de vallées humides où poussent l’osier et les pépinières arbustives, de forêts dont la plus belle occupe le bloc de «gaize» (grès formé pour l’essentiel de squelettes d’éponges siliceuses) de l’Argonne (303 m). Au-delà de cette dépression humide, on s’élève à nouveau jusqu’à la cuesta des Bars (300-330 m) où apparaissent les premières formations jurassiques qui annoncent déjà la Lorraine.

À travers cet ensemble d’auréoles, les vallées qui les coupent perpendiculairement sont jalonnées par les centres urbains comme Châlons-sur-Marne qui a conservé l’administration régionale, Saint-Dizier (tracteurs) et surtout Troyes, capitale traditionnelle des comtes de Champagne et encore une des deux métropoles champenoises (60 755 hab. et 125 000 environ dans l’agglomération en 1990). Au sein de campagnes moyennement fertiles, moins bien reliée avec Paris que Reims, Troyes est restée une ville industrielle (51 p. 100 d’ouvriers dont les trois cinquièmes dans le textile, qui s’appuie sur de grandes usines de marques célèbres). Quelques activités de petite métallurgie et de mécanique ont été plus récemment créées (pneus, matériel de levage). Troyes est restée une grande ville départementale, mais peine à accéder à un rôle régional marqué. La situation économique demeure préoccupante. Au sud-est, le bloc complet de la forêt d’Othe (236 m) est en grande partie boisé et s’étend entre la vallée de la Seine et celle de l’Yonne. Dans une large mesure, le morcellement champenois est renforcé par l’attraction parisienne; les voies de communication empruntent les vallées et convergent vers le creux central.

Le sud et le sud-ouest du Bassin

La zonation en auréoles périphériques des affleurements géologiques et, par conséquent, du relief se retrouve dans le Berry. Autour des surfaces ondulées coupées d’étangs et de forêts de la Sologne, correspondant aux sables tertiaires du centre du Bassin, se dessinent, avec les collines de Sancerre et, sur la rive gauche du Cher inférieur, avec la Champagne, des reliefs dus à la craie, tandis que plus au sud la Champagne berrichonne et le Boischaut correspondent aux affleurements successifs que l’on rencontre en Lorraine. Mais la régularité est ici perturbée par l’avancée du môle hercynien du Morvan et les grandes fractures qui se suivent depuis le Nivernais jusque dans la vallée du Loing qui constituait autrefois l’ancien cheminement de la Loire vers la Seine. Le vignoble enrichit les collines de Sancerre, et les plateaux calcaires champenois ont connu une évolution très semblable à celle de la Champagne pouilleuse. On est ici, à vrai dire, à la limite de l’influence directe de Paris, qui s’exerce, au contraire, très fortement sur la région d’Orléans. Cette dernière agglomération (107 965 hab. et plus de 240 000 dans l’agglomération en 1990) occupe une partie du Val, entaillé dans les calcaires de Beauce et dans les sables couverts de forêts et boisés dans l’Orléanais, au nord, comme dans la Sologne, au sud. Le Val est un ruban de cultures et de prairies, et Orléans a été longtemps, sur la vallée de la Loire, un important entrepôt animé par la batellerie: la ruine de celle-ci fut consommée en quelques années avec le développement du chemin de fer, et Orléans, quinzième ville de France au milieu du XIXe siècle, n’occupe plus en 1990 que le trente-quatrième rang. Pourtant le choix d’Orléans comme capitale régionale des pays «Centre», les communications rapides avec Paris, le développement de l’industrie et de l’université (1966) lui donnent de nouveaux atouts. Elle a bénéficié d’une certaine décentralisation administrative en provenance de Paris et de l’implantation de tous les services d’une capitale régionale. Parallèlement, aux industries alimentaires se sont ajoutés les usines Renault, Michelin, des constructions mécaniques, électriques, électroniques, des produits de beauté. Au total, 37 p. 100 des actifs sont dans le secteur industriel. Dans la vallée de la Loire, et également rattachées au bassin officiel de Paris, se succèdent toute une série de villes où Blois et Tours surtout (133 403 hab. et plus de 280 000 hab. avec les banlieues en 1990) jouent, parmi les cultures prospères et l’animation des voies de communication du Val, un rôle de carrefour. Tours, favorisée par le croisement des voies de communication, connaît un développement accéléré aussi bien dans le domaine de l’industrie et de l’urbanisme que sur le plan des fonctions universitaires qu’elle partage avec Orléans, mais elle est plus peuplée que celle-ci. La décentralisation parisienne lui a donné une impulsion particulière avec une vingtaine d’entreprises de mécanique, de produits pharmaceutiques, d’hygiène, d’accessoires de caoutchouc. Au total, 34 p. 100 des emplois sont dans le secteur industriel. La vitalité de l’agglomération a un peu écrasé les petites villes périphériques. De nombreux autres centres jalonnent le tracé de la vallée de la Loire: les deux métropoles rivales d’Orléans et de Tours se sont rapprochées, en 1972, de Blois pour signer un accord en vue de la régularisation du régime de la Loire et d’une meilleure utilisation de ses ressources en eau. C’est le projet d’une «métropole jardin» du Val de Loire approuvé en conseil des ministres. C’est une des régions françaises qui bénéficie de la meilleure réputation pour son environnement et Tours a été, en 1974, sacrée la première ville de France pour la qualité de la vie.

À l’écart des pays de la Loire, plusieurs cités jouent un rôle non négligeable. Au sud, Bourges (78 773 hab. en 1990), capitale du Berry, vit assez isolée par rapport aux autres villes locales importantes, et même par rapport à sa métropole régionale, Orléans. Elle est ouvrière à 50 p. 100 (travail des métaux, industries militaires, industrie aéronautique); Michelin y a installé une usine de caoutchouc. Au nord, la ville du Mans (148 465 hab. en 1990) est à la charnière des échanges entre Paris et la Bretagne et entre la vallée de la Seine et le Sud-Ouest. Longtemps gros marché agricole régional, bien connu du monde entier par ses célèbres «24 heures», ce centre, grâce à la politique de décentralisation industrielle de la région parisienne menée dès avant la Seconde Guerre mondiale, est maintenant devenu un important carrefour industriel. Dès avant 1939 un certain nombre d’entreprises y avaient cherché la sécurité (Renault, Jeumont-Schneider). Après 1960, le mouvement se développa avec l’électronique, la construction électrique, les colorants et la peinture, le travail des plastiques. La vie rurale est encore très active et les organisations syndicales et les coopératives agricoles y sont particulièrement développées. Le Mans est, en outre, le centre des sociétés d’assurances françaises. Son influence ne s’étend guère au-delà des limites du département et se heurte, vers l’est, au dernier prolongement de la domination parisienne.

Les débouchés sur la mer

Le Bassin parisien n’est pas largement ouvert sur la mer: la plupart des plateaux et des plaines situés à son contact n’ont pas une vie maritime très développée. Au nord de la Seine, le pays de Caux ressemble fort par son relief, sa structure géologique (craie avec de belles falaises sur le littoral) et ses activités agricoles au plateau picard voisin; au sud de la vallée de la Seine, l’alternance des plateaux et des plaines humides fait de la Normandie orientale un pays de bocages verdoyants dont l’élevage a assuré la richesse par la production de lait et de viande. Caen (115 624 hab. et près de 200 000 dans l’agglomération en 1990) est reliée à la mer par un canal (trafic du port: 2 049 000 t en 1981) situé au sein d’un îlot calcaire assurant à la «campagne» qui l’entoure des cultures céréalières en champs ouverts. À proximité, au sud-ouest, commencent les premières ramifications du Massif armoricain dont les pentes de quartzites durs et de granits forment les sommets les plus élevés des collines de Normandie et du Perche; les noms d’Alpes mancelles, de Suisse normande évoquent des paysages relativement tourmentés qui portent le sommet le plus élevé de toute la France de l’Ouest et du Nord (mont des Avaloirs, 417 m). La côte entre le Cotentin et la baie de Seine est peuplée de nombreux centres balnéaires, dont le plus illustre est celui de Deauville.

À la limite sud du pays de Caux, dominant plaines et collines de Normandie centrale, la vallée de la Seine utilise une gouttière tectonique complexe où le fleuve s’épanouit en grands méandres largement sculptés. La plaine alluviale est utilisée par les prairies, mais la majeure partie de l’espace est occupée par les villes, les villages, les usines. Cet ensemble est dominé par deux centres importants. Rouen (105 470 hab. en 1990; l’agglomération compte plus de 380 000 hab.), grande ville historique construite sur un lobe de méandre concave, déborde actuellement sur la plaine alluviale de la rive gauche. Occupant le point extrême atteint par la marée, elle fut longtemps le dernier lieu de franchissement de la Seine et, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’avant-port de Paris. La construction du pont de Tancarville (1959) et celle d’un pont à Honfleur (1995) ont diminué les avantages de cette situation. D’autre part, les conditions de la navigation moderne, et, notamment, la taille des navires de transport a fait refluer vers l’aval le rôle d’avant-port parisien. Le trafic du port (21 297 000 t en 1981) est constitué pour près d’un quart par des hydrocarbures. Les activités industrielles ont pris un certain essor et occupent maintenant plus de 80 000 personnes. Aux activités traditionnelles en déclin (travail du coton, métallurgie lourde), sont venues s’ajouter, récemment, les constructions mécaniques (automobiles, machines outils, moteurs électriques...) et la chimie. Renault a construit une usine à Cléon; l’industrie a débordé sur la rive gauche et atteint la ville d’Elbeuf (engrais, colorants). À la diversification des industries se sont ajoutés les services annexes du port et une activité commerciale régionale importante surtout vers le pays de Caux. La seconde métropole est celle du Havre (197 219 hab. en 1990 et 250 000 avec les banlieues), port avancé à l’extrême limite de la terre ferme et créé par François Ier. Avec le développement des tonnages et l’accélération de la rotation des bateaux, Le Havre, supplantant Rouen, a pris la première place sur l’estuaire (71 829 000 t en 1981 dont 51 832 000 t d’hydrocarbures). Comme à Rouen, le trafic a subi un léger déclin à la suite de la politique d’économie d’énergie. L’avenir du port qui paraissait lié à l’expansion des importations de pétrole avec la construction du port artificiel d’Antifer, sur la côte légèrement au nord du Havre, conçu pour permettre le déchargement des plus grands pétroliers se trouve compromis. On s’est efforcé de développer une industrie diversifiée pour cette ville, qui, cruellement détruite au cours des opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale, a été entièrement reconstruite. À côté de l’animation du port autonome, créé depuis 1925, et qui exige des activités de transports, de manutention, d’armement, de négoce et de réparations navales, les industries traditionnelles sont liées à l’activité maritime tandis que les nouvelles (locomotives, électromécanique, Air liquide, automobiles) ont été encouragées. Les ouvriers représentent près de la moitié de la population active. Avant la guerre, point de départ des transports transocéaniques pour l’Amérique du Nord, Le Havre est devenu un point de passage actif dans les relations franco-anglaises (plus d’un million de voyageurs par an), tandis que le port de commerce se classe au deuxième rang en France après Marseille. En dehors des agglomérations de Rouen et du Havre, s’est développée, tout au long de la basse Seine, une véritable rue industrielle qui exploite les produits d’importation. La pétrochimie y triomphe (c’est le premier groupe de raffinage français avec une capacité de 60 Mt mais la production a été de 49 300 000 t en 1981, car l’évolution actuelle des problèmes énergétiques restreint l’utilisation des installations). Parmi les grands groupes de raffineries, citons (production en Mt) Petit-Couronne, 18,8; Gonfreville 15,5; Port Jérôme 8; Gravenchon 3,6; Vernon 3,4. De cette zone pétrolière, partent également des hydrocarbures bruts ou raffinés pour la région parisienne: ces oléoducs ont transporté en 1981 24,5 Mt. Aux raffineries, il faut ajouter des cimenteries, des centrales thermiques, des papeteries et toutes les industries lourdes suscitées par l’approvisionnement portuaire: il s’agit d’une des régions les plus polluées de France, et on a dû installer des détecteurs de pollution et entreprendre une politique de nettoyage de la basse Seine. Exutoire de la région parisienne, cette Porte océane en tire à la fois des avantages (animation économique, rôle national) et des inconvénients (amoindrissement du rôle régional, pollution) et son aménagement doit également tenir compte de ce fait majeur. En dehors de la vallée de la Seine, on peut citer aussi le port de Dieppe (marchandises: 1 936 000 t; voyageurs pour l’Angleterre: 852 523; pêche) et Fécamp et, sur l’autre rive de la Seine, Honfleur et Elbeuf.

4. Problèmes et perspectives

La description précédente a plusieurs fois fait allusion au rôle de Paris dans le Bassin. Cette domination, longtemps excessive, peut s’exprimer de maintes manières: par rapport aux régions périphériques, l’agglomération parisienne rassemble 64,7 p. 100 des salariés des secteurs privé et semi-public et 76 p. 100 de ceux des établissements occupant plus de 500 personnes; les entreprises implantées dans le Bassin parisien déclarent 58 p. 100 du chiffre d’affaires total des entreprises françaises: la part de l’agglomération représente plus des trois quarts de ce total. Cette concentration provoque, certes, une activité économique importante, mais l’excessive centralisation a empêché pendant longtemps la formation d’un réseau urbain périphérique cohérent: la sous-urbanisation et surtout l’absence de grandes villes ont été, jusque vers 1950, la règle dans un rayon de plus de 300 kilomètres autour de Paris. Il n’en est plus de même: les statistiques montrent que la croissance, notamment dans l’industrie, a été plus rapide dans les régions périphériques du Bassin qu’en Île-de-France: le nombre des salariés a augmenté entre 1970 et 1980 de 7 p. 100 en Île-de-France mais de 13 p. 100 dans le reste du Bassin (moyenne française 10 p. 100). Cela témoigne de la vigueur de la politique de décentralisation industrielle qui touche l’agglomération parisienne et qui a profité essentiellement à l’espace compris à l’intérieur du Bassin parisien administratif: les villes moyennes de la périphérie immédiate comme Évreux, Chartres, Beauvais en ont largement bénéficié, de même que les grandes villes de la première couronne (Amiens, Reims, Troyes, Orléans, Tours, Le Mans, Rouen, Le Havre). Les espaces les plus favorisés par la proportion de création d’emplois issus des décentralisations sont ceux du Centre, de Haute-Normandie et de Picardie. Les différences entre les rythmes de croissance démographique depuis les derniers recensements illustrent la même tendance. La déconcentration d’un certain nombre de services administratifs, la politique de création universitaire et hospitalière renforcent encore cette impression. Grâce à des moyens de communication de plus en plus rapides, à l’équipement de zones industrielles bien situées, à une politique du logement dynamique et à une amélioration des équipements urbains, une nouvelle étape économique s’ouvre pour le Bassin parisien.

Après avoir été un facteur de polarisation et peut-être, dans une certaine mesure, de stérilisation relative de l’ensemble du Bassin parisien, la capitale française a fait figure de moteur de transformation pour les centres urbains principaux qui l’entourent et où se développent également certaines fonctions tertiaires accentuant leur rôle régional (universités, création de services, augmentation des pôles d’emplois). Ainsi, le Bassin apparaît plus que jamais «parisien», tant par sa structure physique que par le développement de son économie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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